Histoire de l’Eglise

Les éléments ci-dessous sont extraits de l’étude réalisée en mai 2013, par Monsieur S. BERHAULT, architecte du patrimoine, du cabinet d’étude AEdificio.

L’église de Sermaise, dite « Notre Dame en sa nativité », est l’exemple typique d’une église rurale ayant évolué au fur et à mesure des temps, passant de la petite chapelle à un monument imposant.
Outre l’intérêt documentaire, il est impossible de faire l’impasse sur les principales phases constructives du monument car c’est justement d’elles que dépendent parfois les pathologies constatées aujourd’hui. C’est également le seul moyen de proposer une datation des différentes parties, datation qui permettra d’ajuster les techniques de restauration et d’éviter tout anachronisme.
L’observation des élévations à l’intérieur même des charpentes est souvent révélatrice de l’évolution du bâtiment. En effet, celles-ci étant inaccessibles aux fidèles, les constructeurs ne cherchent pas à faire disparaître les traces de leurs interventions, comme dans le reste de l’édifice.

PHASE 1 – Fin XI ème, début XII ème siècle – Chapelle castrale
L’époque de construction et le volume de la chapelle primitive, en plus de son implantation particulière dans le village, nous amène à postuler qu’il s’agissait d’une chapelle castrale isolée, d’un volume proche de celui de la chapelle de Blancheface.

PHASE 2 – Fin XII ème, début XIII ème siècle – Clocher
La seconde phase voit la construction du clocher. Celui-ci est alors construit hors-œuvre sauf sur un côté. L’importante épaisseur de ses maçonneries et la présence de baies obturées côté combles le confirment.
Le clocher hors-œuvre est une spécificité de la fin du XII ème siècle, début du XIII ème siècle. La construction d’un clocher indique que l’église n’a plus alors son statut de chapelle castrale.

PHASE 3 – XIII ème siècle – Nef avec charpente apparente
La troisième phase d’agrandissement est la création d’une grande nef au XIII ème siècle. Celle-ci comprenait les volumes du vaisseau central de la nef actuelle et du bas coté sud.
A cette époque, la chapelle romane devient de fait le chœur, sanctuaire de l’église. La séparation entre le profane et le sacré est assuré par l’arc triomphal nouvellement réalisé. Pour des raisons symboliques, le sanctuaire se doit d’être doté d’une voûte à l’époque médiévale, simple voûte d’arête ou plus sophistiquées croisée d’ogives.

PHASE 4 – XIII-XIV ème  siècles – Couvrement du chœur
Au XVI ème siècle de nombreux travaux sont entrepris dans la logique des grandes campagnes de reconstruction d’après la Guerre de Cent ans. On constate la construction hors-œuvre du bas-côté nord avec le percement de l’ancien mur gouttereau plein et la création du bas-côté sud dans l’emprise de l’ancienne nef avec la construction de la file des grandes arcades.

PHASES 5 et 6 – Création des bas-côtés
Afin de permettre le couvrement du bas-côté nord sous un même versant de toiture avec la nef mais aussi dans l’optique manifeste de doter la nef d’un couvrement lourd, le mur gouttereau nord de la nef est surélevé de manière à s’aligner sur le niveau de l’arase du chœur. L’édifice pouvait alors recevoir un seul et même comble sans différenciation des espaces intérieurs, lui conférant une allure extérieure d’église-halle.
Cette phase d’agrandissement est en fait à scinder en deux chantiers distants de quelques années. Un « coup de sabre » visible sur la façade nord entre la 3 ème et la 4 ème travée ouest indique une interruption dans la création du bas-côté nord qui semble donc avoir démarré par les deux travées est.
La dendrochronologie confirme cette interruption de quelques années puisque la charpente du chœur est datée de 1501 et que les charpentes des bas-côtés et de la nef sont manifestement réalisées en une seule fois mais avec un décalage de 7 années (1508).

Les voûtes sont ensuite réalisées (années 1509-1510 et suivantes) ce qui est bien conforme à leur typologie et détails stylistiques (clé de voûtes, culots et nervures). Leur réalisation dans l’espace d’une structure non conçue initialement pour les recevoir crée, en de multiples endroits, des « chameaux », décalages, désaxement, etc.

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