Monsieur François Thiébaud » Saint-Cyr et Patrimoine » a entrepris de retranscrire les rapports de visites pastorales des paroisses de la région au XVIIe siècle, ce qui comprend Notre-Dame de Sermaise. il est tombé sur un rapport original concernant le curé et le vicaire de Sermaise en 1685 qu’il nous invite à partager. J’espère que vous aurez du plaisir à lire cette description sans ambages.
Rapport de visite pastorale à Sermaise en 1685
Résumé :
Entre 1645 et 1725, le grand archidiacre de Chartres a réalisé des visites dans les paroisses de son diocèse et de nombreux rapports de ces visites sont toujours disponibles. Ce document décrit la visite faite en 1685 pour la paroisse Notre-Dame de Sermaise qui a donné lieu à une dénonciation en règle du curé et de son vicaire.
L’objectif de ces visites était d’auditer le curé en charge ainsi que les marguilliers (ou gagiers) chargés de l’administration de la fabrique qui géraient les biens de la paroisse. L’auditeur et son greffier vérifiaient également le comportement des paroissiens.
Les auditeurs passent à Sermaise le samedi 19 mai 1685 puis continuent leurs visites dans les paroisses voisines. Alors qu’ils dormaient à Dourdan le 25 mai, un habitant de Sermaise les interpelle le 26 mai à 5h00 du matin (pix 1829). Il énonce un grand nombre d’accusations contre le curé et son vicaire ce qui entraîne les auditeurs à lancer une « information » contre eux. Malheureusement cette procédure n’est pas dans les rapports.
Le curé était en poste depuis 1683 et le restera jusqu’en 1687 ; le vicaire exerçait depuis 1681 mais n’était plus là lors de la visite suivante. Il n’est pas possible de savoir si les accusations étaient mensongères, mais les descriptions fleuries de ce témoin sont intéressantes à lire.
Transcription:
Le même jour et an que dessus à onze heures du matin, nous nous sommes transportés en l’église paroissialle de Notre-Dame de Sermaise où nous avons esté receü en la manière accoutumée par messire Pierre Martin de la Martinière, prebstre docteur en théologie et curé de ladite église, assisté de messieurs François Michaud prebstre vicaire de ladite paroisse, assisté de Jean Gobero et de Barthélemy Trouiller marguilliers en charge et de quelques autres habitans ;
Et là, après les visites et enquestes ordinaires nous avons ordonné ce qui ensuit :
Veü les lettres d’approbation dudit messire François Michaud prebstre, donnée de feu messire Berthault grand vicaire en datte du 25ème septembre 1681, au bas desquelles lettres d’approbation est un acte sous seing privé de monsieur de Brisay en datte du 3ème septembre 1683 par lequel la permission d’administrer les sacrements est transférée pour la paroisse de Villeconin ; et attendu que ledit Michaud fait à présent les fonctions de vicaire depuis seize mois sans avoir une autre approbation, avons enjoint audit sieur vicaire de se retirer incessamment vers monseigneur l’évesque de Chartres ou un de messieurs ses grands vicaires pour se faire approuver, avec deffense d’administrer aucuns sacremens dans ladite paroisse sans avoir une approbation sous peine de suspense de ses ordres ; et enjoint audit sieur curé de tenir la main à l’exécution de la présente ordonnance.
Nous avons ordonné que doresnavant on ne donnera que 6# seulement aux prédicateurs qui viendront prescher l’advent et le Caresme, sauf à eux de quester dans la paroisse s’ils le veulent faire.
Que le ciboire et le calice seront dorés au-dedans.
Fait et arresté ledit jour et an cy-dessus.
Signatures :
ROBERT
P. Martin de la MARTINIÈRE
G. DANY
François MICHAUD Vicaire
A. CONTET
Le 26e may 1685 à cinq heures du matin, Mathieu Villette demeurant à Fruneay ( ?) rend plainte contre messire Pierre Martin de la Martinière prebstre curé de Notre-Dame de Sermaise-sous-Dourdan et contre Messire François Michault vicaire dudit Sermaise, de ce que :
- ledit sieur curé s’enyvre,
- qu’il nomme en particulier et injurie les personnes dans la chaire publiquement,
- qu’il joüe aux cartes après s’estre enyvré, ne pouvant se soutenir, chancellant et allant de travers,
- qu’il incite le monde aux procès au lieu de les pacifier et mettre d’accord,
- qu’il a entre les mains un reliquaire prétieux trouvé dans ladite église dudit Sermaise en démolissant l’autel de Sainte-Anne de laditte église,
- qu’il bat et frappe avec violence, ayant mesme un jour arraché une croix dans le cimetière pour exercer sa colère contre un nommé Piffrault,
- qu’il a renversé et jetté par terre l’enfant de Judicourt en sorte qu’on le croyait mort,
- qu’il a donné un jour au pont de Roinville, un coup de canne sur la teste d’une femme, qu’il la jetta par terre et luy fit perdre sa connoissance,
- qu’il ne fait point le catéchisme les festes et dimanches pendant l’année,
- qu’il jure contre ceux contre lesquels il se met en colère, les appellant bougres en en ayant appellé mesme fripons, impies et superbe dans l’église, nommant en particulier les personnes auxquelles il en vouloit ;
Rend plainte aussy que
- ledit vicaire jure le nom de Dieu, renie Dieu,
- qu’il injurie les personnes, les appellant bougres, fils de putain, et prononce d’autres paroles sales et indécentes,
- qu’il s’enyvre jusqu’à vomir et faire son ordure dans ses chausses,
- qu’il danse, baisant et embrassant les filles,
- qu’il va la nuit frapper à la porte des femmes et filles et particulièrement aux lieux où il sçait qu’il y a des veillées,
- qu’il hante avec scandale une femme nommée la veufve Malée,
- qu’il caresse les filles, leur mettant la main sous le menton,
- qu’il achette des cierges pour les donner aux filles sans qu’on sçache à quelle intention ;
Demande qu’il en soit informé et déclare qu’il ne se rend point partie et a déclaré ne sçavoir signer de ce interpellé selon l’ordonnance. Fait et arresté les jours et an que dessus.
Signatures :
ROBERT
G. DANY
Soit communiqué au prosne —–
Fait à Dourdan ce 23 may 1685.
ROBERT
Le promoteur au cours de la visite requiert de faire appeler tesmoins pour estre informé contre messire Pierre Martin de la Martinière prebstre curé dudit Sermaize et messire François Michau prebstre curé dudit lieu, devant notredit monseigneur le grand archidiacre au cours de vostre visite à Dourdan ce 26 may 1685.
A. CONTET
Permis d’informer ainsy qu’il est requis ; fait à Dourdan ce 26 may 1685.
ROBERT
Pour la clarté de la lecture, les accents et la ponctuation ont été rajoutés ; l’orthographe d’origine des mots est conservée ; un mot dont la transcription est incertaine est suivi de ( ?) ; lorsque le mot est illisible, il est remplacé par « — ».
Louis Robert prêtre docteur en théologie, chanoine et grand archidiacre de Chartres.
Guillaume Dany, prêtre curé de Françay, greffier pour ces visites.
Alexandre Contet prêtre licencié ès droit, doyen rural de Rochefort et curé d’Écrosne, promoteur pour ces visites.
Superbe signifiait « orgueilleux » ; ces injures aujourd’hui indolores étaient graves à l’époque.


Patrick Daviot.